Que se passait-il Ă  la B.A.N il y a 70 ans

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Lemmy
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Que se passait-il Ă  la B.A.N il y a 70 ans

Message par Lemmy »

Bonjour Ă  tous,

2014 est l'année des commémorations, d'abord celle du centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, et il y a 70 ans, celles du Débarquement de Normandie et du Débarquement de Provence. Que se passait il à la BAN Agadir en 1944, seuls les très vieux Gadiris ont ça dans leurs souvenirs, car l'histoire de la BAN a toujours été plus ou moins mêlée à celle de la ville, très petite à l'époque ; avant que l'année ne s'achève, voici pour les plus jeunes un petit rappel des faits marquants dans le domaine militaire.

En janvier 1944 la BAN venait tout juste d'être créée par l'Aéronautique navale, le terrain de Ben Sergao était alors partagé entre l'armée de l'Air, qui en fut le premier utilisateur, l'Aéronavale et les Américains. Sous l'autorité de ces derniers, une intense activité régnait, celle des décollages et des atterrissages des avions patrouilleurs qui assuraient la protection des routes maritimes empruntées par les convois de cargos alliés. Il était en effet vital de permettre à ces navires d'assurer l'acheminement des matériels nécessaires à la poursuite de la guerre, depuis les Etats Unis jusqu'à l'AFN et la Méditerranée. Car en 1944, aucun port européen n'était encore capable de les accueillir, et bien qu'amoindrie, la menace représentée par les sous marins allemands, les U-Boote, était toujours présente au large des côtes marocaines.

Avec celle de Port Lyautey, la base d'Agadir servait de plateforme de départ des avions patrouilleurs américains et français, qui sans relâche, escortaient les convois. Elle avait été choisie pour étendre la protection dans la zone des Canaries , permettant ainsi d'assurer une couverture continue jusqu' aux approches de Gibraltar. Les appareils étaient des Consolidated PBY-5A Catalina et des Lockheed PV-1 Ventura, choisis pour leur rayon d'action et leurs moyens de détection, ces longues missions au dessus de l'océan, atteignaient et pouvaient même dépasser 14 heures de vol par jour, car la vitesse des navires, la plupart des cargos Liberty Ship, était lente ; quand les équipages fourbus rentraient à Ben Sergao, d'autres prenaient aussitôt la relève.Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ces appareils, voici des liens.

Le Ventura : http://www.ffaa.net/aircraft/ventura/ventura_fr.htm
Le Catalina : http://www.ffaa.net/seaplanes/catalina/catalina_fr.htm

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Zone de travail des avions patrouilleurs, la route des convois passait entre Madère et les Canaries, d'autres arrivaient par les Açores, la position d'Agadir était donc idéale pour assurer les patrouilles dans le Sud de cette zone. Plus au Nord vers les Açores, la surveillance en plein océan était assurée par des quadrimoteurs Liberator B24 de l'Air Force et des B24 de l'US Navy P4Y-1 basés à Port Lyautey.

Trois sous-marins furent coulés cette année là ; le 24 février 1944, alors qu’il tente de forcer la barrière, le U-761 est détecté par l’un des deux Catalina d’une patrouille, l'avion marque aussitôt l’endroit avec un fumigène et commence à tourner en cercle autour du marqueur, bientôt rejoint par l’autre appareil qui se place à l’opposé sur le même cercle. Dès que l'un d'eux est au dessus de la cible, il lâche une salve de rétro bombes sur le U-boot. Le submersible est alors pisté jusqu'à l’arrivée d’un Catalina britannique du squadron 202 et d’un Ventura du VPB-127 d'Agadir. Dès que le U-761 fait surface, le Ventura largue des charges de profondeur sur celui-ci . Le sous marin est finalement achevé à la grenade sous- marine par les destroyers britanniques HMS Anthony et Wishart, et ses 51 hommes d’équipage récupérés. Le 16 mars 1944, la victime est cette fois le sous-marin U-392 coulé par le HMS Affleck guidé par un Catalina et le 15 mai 1944 c’est le tour du U-731, qui pisté par des appareils américains, est envoyé par le fond par HMS Kilmarnock

Ces missions comportaient Ă©videmment des risques, quand un U-Boote faisait surface il ripostait parfois au canon sur les appareils, la photo ci dessous montre un Ventura de l'US Navy avec des impacts d'obus sur le fuseau moteur.

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Sur le terrain d'Agadir, un Ventura américain avec les impacts de projectiles d'un U-Boote (US Navy)
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Un Catalina 6FE et son Ă©quipage Ă  Cognac (ARDHAN
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Sur le terre plein de la BAN, des mécaniciens de la 6FE sont au travail sur un moteur de Ventura, au second plan on voit des Catalina devant le bâtiment des flottilles. (ECPAD)

Au mois de juillet 1944, des appareils furent envoyés d'Agadir en Corse pour procéder au déminage des côtes de Provence et d'Italie, en vue du débarquement. Des avions bombardiers SBD, également basés à Agadir et armés par les marins, partirent peu après pour Cognac afin de participer à la réduction de la poche allemande de Royan ; des Catalina les accompagnaient pour assurer le transport et les liaisons. Le rôle de tous ces équipages a été déterminant pour le bon acheminement des renforts qui permirent la victoire de 1945, la plupart de ces hommes n'avaient revu la France depuis quatre ans, parmi eux se trouvait le pilote Jacques Larivière, bien connu par la suite par les Gadiris, comme coureur automobile.

In memoriam

Pendant ces opérations, les flottilles françaises, eurent à déplorer deux accidents mortels. Le 23 juin 1944, au cours d’un vol d’entraînement à basse altitude au large d’Agadir, le Catalina F-34 de la flottille 6FE se casse en deux à l’amerrissage, provoquant la disparition de cinq membres d’équipage, le SM radio volant Devernine, le SM pilote Jean Hubin, le QM mécanicien volant Roger Madec, le SM pilote Louis Rubaud et le QM mécanicien volant Jean-Louis Nézou.
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Le Catalina F-34 sur la piste d'Agadir avec un pneu crevé peu avant sa disparition, les traces d'huile sur la coque, témoignent de l'emploi intensif de l'appareil.

Le 19 juillet, au retour d’une mission de surveillance en mer, dans l’impossibilité de regagner Agadir à cause de la mauvaise visibilité, et à court de carburant, le PBY-5A Catalina n° F-35 de la flottille 6FE est contraint d’amerrir de nuit au large de Safi. L’appareil se casse en deux au contact de l’eau, entraînant la disparition de l’équipage, composé de l’Aspirant de réserve Yvon Ducrest, du LV pilote Roger Jacquemin, chef de bord, du Mt pilote Emile Poplimont, du QM mécanicien volant Fernand Lecordier et du Mt radio volant Camille Ybert.
Modifié en dernier par Lemmy le 12 sept. 2014, 12:15, modifié 4 fois.

Patrick C
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Re: Que se passait-il Ă  la B.A.N il y a 70 ans

Message par Patrick C »

Merci pour ce récit, Lemmy.
Bien amicalement.

Raspoutine
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Re: Que se passait-il Ă  la B.A.N il y a 70 ans

Message par Raspoutine »

Bonjour Lemmy
Bravo pour cet autre récit de bravoure et de sacrifice lors de la grande guerre mondiale dont notre pays avait participé fièrement et dont notre ville Agadir était l'aire des décisions et d'actions maritimes comme on a pu l'apprendre de notre consultant Lemmy.
Tu as merveilleusement bien fait de nous plonger dans ces souvenirs de "Ben Sergao". L'histoire a toujours besoin d'un coup d'essuie-glace pour mieux comprendre les moments difficiles et comment sont arrivés les beaux temps.
Donc Agadir est bien impliquée dans l'histoire de la guerre et surtout de la Paix que nous souhaitons encore reconduire.
Cher Lemmy, vu que tu es bien placé avec tes autres amis (certainement qui étaient dans cette BAN dans le groupe de recherches et d'écrits) sur ces périodes héroïques, je pense que cette Ville sera inscrite et gravée en lettres d'Or dans l'histoire.
Merci encore mon ami pour toutes ces explications étoffées d'images et de Liens pour les amoureux de l'aviation.
Amicalement Lahsen.

Lemmy
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Re: Que se passait-il Ă  la B.A.N il y a 70 ans

Message par Lemmy »

Bonjour,

Oui, Lahsen à raison de rappeler que le Maroc a été associé à la victoire, mais c'était surtout le cas pour l'armée de Terre avec les Tirailleurs et les Tabors, mais dans la lutte anti sous marine, plus méconnue, le rôle des bases de Port Lyautey et d' Agadir n'en fut pas moins important.

Depuis le personnel marocain qui y travaillait par sa contribution à l'entretien et au ravitaillement, en passant par les différentes composantes militaires qui y séjournaient, jusqu'aux équipages des avions, tous participaient à la lutte aux côtés des Alliés, certains n' étaient pas revenus en métropole depuis le repli de 1940 et d'autres depuis 1942. Les situations n'étaient pas les mêmes entre Port Lyautey et Agadir, Port Lyautey avait été le théâtre de combats en novembre 1942, les marins avaient résisté, et un émissaire américain qui venait parlementer, le Major Craw, avait même été abattu par des sentinelles.Les Américains avaient aussitôt occupé la base, rebaptisée pour un temps Craw Field. Les escadrilles et les avions de l'Aéronavale avaient été obligés de se replier, en particulier sur le terrain d'Agadir, resté à l'écart des combats.

Pour les Américains Agadir était une base auxiliaire, elle leur était nécessaire mais ils n'en avaient pas pour autant chassé les marins et les aviateurs déjà présents. Ils avaient construit une enclave sur le terrain entre Ben Sergao et la BAN. Leurs installations étaient sous des tentes et dans et des baraques légères construites en 1943. Ils avaient toutefois importé leur style de vie dans leur zone, et ceux de la BAN étaient parfois un peu envieux des moyens et du confort relatif des premiers. Ce qui était normal pour les avions, modernes et parfaitement adaptés à leurs missions, mais il y avait surtout le "Ship Store" un magasin bien rempli qui fournissait tous les produits nécessaires à la vie quotidienne du marin américain ; ce qui pour ceux qui n'y avaient pas accès, relevait en ces temps de guerre, de la caverne d'Ali Baba ... Situation qui fut réparée après coup par le commandement US en étendant son accès à tous les marins de la BAN. Il y avait aussi un certain antagonisme entre les hommes de la 6FE provenant des Forces Navales Françaises Libres, qui venaient d'arriver des USA, et leurs compagnons présents sur la base depuis le débarquement de 1942, période où ils étaient sous l'autorité du gouvernement de Vichy. A cela s'ajoutait des règles de discipline et de travail différentes, qui devaient s' harmoniser afin d' aller dans le sens du combat commun, tâche délicate qui dépendait des bons rapports entre commandements, ce qui fut fait grâce à un sens du compromis, en particulier de la part du commandant américain, pour qui l'essentiel était de mener à bien la chasse aux sous-marins avec la plus grande efficacité possible.

Pendant cette période la Base Aérienne située dans la Zone Nord, n'était pas active opérationnellement, aucune formation n'y stationnait, l'armée de l'Air n'avait aucun rôle dans la lutte anti sous marine. Seule une école de tir et de mécaniciens avion et d'armement y fonctionnait afin de former les aviateurs aux nouveaux matériels qui les attendaient pour continuer la lutte au côté des Alliés sur le théâtres d'opérations européen.

Quelques photos de 1943 et 1944, elles montrent la légèreté des constructions, aucun bâtiment à étage, l'entretien des avions se faisait sur piste. Côté US les constructions sont les mêmes, aucun confort superflu.

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1944 Vue aérienne de la BAN (partie Sud) A part le carré des officiers à droite rien d'important n'est encore construit, pas même de hangars ni de bâtiments à étage.
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1943 Un peu plus loin vers Ben Sergao, rassemblement du personnel à la base américaine, certaines constructions ne sont pas encore crépies, on voit la route derrière.
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1943 Un ouvrier marocain à côté des bâtiments de la zone US, derrière lui on voit des tentes et un avion Ventura.

Pour rappeler l'importance de la lutte ASM lors de la Bataille de l'Atlantique, quelques chiffres :

Durant tout le conflit l'Allemagne arma environ 1160 sous-marins, elle perdit 789 unités, dont 632 au combat parmi lesquels 500 coules par les Anglais, elle avait formé 35000 sous-mariniers, il y eut seulement 3000 survivants.

Les pertes alliées dues aux U Boote s'élèvent à 23 millions de tonnes de navires coulés, dont 61% pour les navires isoles, 9% pour les retardataires des convois, et 30% pour les navires en convoi, les pertes en convoi furent minimes à chaque fois qu'il y avait une couverture aérienne

Pendant l'année 1943, jusqu’à 12 U-Boote ont été recensés en même temps dans les eaux au large des côtes marocaines, rien qu'au mois de juillet, 5 furent coulés et 6 endommagés.

En 1944 la surveillance aérienne les avait maintenus au large, mais les Allemands avaient renforcé les canons de DCA des sous-marins, qui pouvaient rester en surface plus longtemps et tenir tête à l’avion isole qui tentait de les grenader, la photo du Ventura américain touché au fuseau moteur est là pour le prouver.

Bonne journée

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